Les responsables de la famine

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de : "o.gehaime"
le :mardi 06 mai 2008 a 10h14

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-05-05-Les-responsables-de-la-famine
lundi 5 mai 2008
Les responsables de la famine
Le jugement de M. Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies sur
le droit à l’alimentation, est sévère pour le Fonds monétaire
international, la Banque mondiale, les pays riches : « Beaucoup criaient
dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans
les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur
les matières premières, pourtant prévisible depuis qu’avec la chute de
la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. […] Les
plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international ont
poussé les pays les plus endettés, notamment en Afrique subsaharienne, à
développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils
consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la
volatilité des prix (1). »
Le point de vue de M. Michel Barnier, ministre français de
l’agriculture, n’est pas entièrement différent, bien que lui défende la
politique agricole de l’Union européenne, souvent mise en cause, en
Afrique notamment : « Le choix de cultures d’exportation dans les pays
pauvres a détruit les cultures vivrières et fait disparaître les
paysans. […] Mettre en compétition des agriculteurs dont les niveaux de
compétitivité varient de 1 à 1 000, c’est à coup sûr condamner les plus
pauvres (2). »
L’analyse du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à
l’alimentation ne semble pas avoir convaincu les Etats-Unis davantage
que celle du ministre français. Répondant à M. Barnier dans Les Echos,
l’ambassadeur américain à Paris, M. Craig Stapleton, préfère imputer la
crise alimentaire à « certains pays producteurs de céréales [qui] ont
choisi de restreindre leurs exportations, exacerbant la tension sur
l’offre ». Après avoir fait l’éloge du maïs génétiquement modifié qui,
estime-t-il, « pourrait augmenter la production agricole dans les
régions arides », il prescrit : « En fait, le moyen le plus efficace
pour inciter à produire plus, dans les pays développés comme dans les
pays en voie de développement, serait de réduire les distorsions
commerciales. » Ce genre d’ordonnance s’abrite derrière un avis de M.
Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire
international, qui semble avoir enchanté Washington : « Personne ne
devrait oublier que toutes les nations comptent sur le libre-échange
pour nourrir leur population (3). »
Comme le remarque ironiquement un vieux dicton américain, quand on ne
dispose que d’un marteau, le monde ressemble forcément à un clou…
(1) Le Monde, 3 mai 2008.
(2) Michel Barnier, « Agriculture : pas question d’autarcie… », Les
Echos, 2-3 mai 2008.
(3) Craig Stapleton, « Agriculture, pas question de limites aux échanges
», Ibid.
"Spéculation et crises : ça suffit !" Déjà plus de 30 000 signatures.
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