1929 ?
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samedi 26 avril 2008 a 12h47
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1929 ?
article publié le 14/04/2008
auteur-e(s) : Isaac Johsua
L’Humanité, 12 avril 2008
Krachs boursiers à répétition, baisses en catastrophe des taux de la
banque centrale américaine, paniques en cascade : la crise financière
actuelle est-elle semblable à celle de 1929 ? Les points de comparaison
ne manquent pas. Dans les deux cas une bulle (boursière alors,
immobilière aujourd’hui) est au point de départ des événements. Dans les
deux cas, le surendettement des ménages américains active la spirale
dépressive. Dans les deux cas, la banque est l’épicentre d’une crise qui
se déploie. En 1931, la chute de la livre anglaise a marqué la deuxième
phase de la grande crise. Aujourd’hui plane la menace d’un krach du
dollar, qui ferait tomber la monnaie internationale actuelle, comme
était tombée celle d’avant 1914.
Il est vrai que nous n’avons plus les contraintes d’un système monétaire
international assis sur l’or, comme c’était le cas en 1929. Il est
également vrai que nous disposons d’importants stabilisateurs de
l’activité (guère présents en 1929), qu’il s’agisse du poids des
allocations dans le revenu des ménages ou de celui du budget public dans
le PIB. Il est surtout vrai que la grande crise était double, tout à la
fois américaine et européenne, alors que celle d’aujourd’hui irradie à
partir des seuls Etats-Unis. Mais, en sens inverse, nombreux sont les
facteurs aggravants qui peuvent être recensés. A commencer par la
mondialisation actuelle, car les frontières du monde capitaliste ont été
repoussées, la sphère dans laquelle les perturbations circulent est bien
plus vaste qu’auparavant et des pays tels que la Chine peuvent rajouter
leurs propres fragilités aux nôtres. Des innovations financières sont
venues charger la barque : tel est le cas de la titrisation des
créances, dont on parle beaucoup, mais également de la collectivisation
de l’épargne, qui multiplie les fonds d’investissement ou de pension à
l’équilibre instable. Enfin, l’interconnexion de la planète, qui n’était
qu’envisageable en 1929, est maintenant chose faite et si les vagues
montantes sont rapidement diffusées, ainsi en est-il également des
vagues descendantes.
La conclusion qui s’impose est que, s’il ne peut y avoir redite de 1929
(car tout événement historique est unique), l’hypothèse d’une nouvelle
crise majeure ne peut être écartée. Ce qu’a d’abord montré la grande
crise, c’est de quoi le système est capable, s’il est laissé à lui-même.
La preuve nous en est à nouveau administrée. C’est pourquoi la crise
actuelle devrait marquer le grand retour de l’Etat. La bulle « internet
», qui a mené à la récession de 2001, aurait pu être évitée si (par la
loi, la taxation, les contrôles) les Bourses de valeurs avaient été
mises hors d’état de nuire. La bulle immobilière actuelle aurait pu être
évitée si on avait étroitement réglementé les conditions d’octroi des
prêts par les banques. On a laissé à la finance la bride sur le cou, et
voilà le résultat.
Or, au lieu d’un effort visant à tirer les leçons de l’événement, que
voyons-nous ? Un refus de s’interroger sur les origines de la crise, et,
pour l’expliquer, l’accent mis sur l’incompétence, la cupidité ou
l’irresponsabilité. On veut ignorer l’instabilité systémique croissante
réapparue (comme par hasard !) à partir du moment où les garde-fous
hérités de 1929 ont été jetés par-dessus bord. On poursuit
tranquillement le chemin d’une politique de libéralisation à outrance,
envisageant même d’en accélérer la mise en œuvre. La Commission Attali,
convoquée sur la croissance, n’a rien trouvé de mieux à proposer que
d’accentuer le cours libéral qui nous a menés à la crise dans laquelle
nous pataugeons. Le pays du libéralisme triomphant – les Etats-Unis –
est celui qui nous a précipités dans la crise, et c’est justement celui
qu’on nous propose d’imiter !
Par la relation de marché, les hommes entrent en rapport en tant que
propriétaires privés. Ce faisant, ils confient leur sort à un fétiche
qu’ils ont créé mais qu’ils ne gouvernent pas. Toute parole tombée de la
bouche du golem est sacro-sainte et doit s’imposer aux hommes qui ont
pourtant façonné la marionnette de leurs mains. Fort heureusement, ces
hommes sont aussi membres de la cité : ils peuvent, à ce titre,
soumettre la production et sa destination à la claire conscience des
citoyens rassemblés, et non aux décisions arbitraires d’un fétiche
aveugle. Il est temps, il est plus que temps de tourner la page
libérale. Il est temps, il est plus que temps de mettre la politique au
poste de commande.
"Spéculation et crises : ça suffit !" Déjà plus de 30 000 signatures.
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