Le capitalisme Ponzi

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de : "o.gehem"
le :samedi 26 avril 2008 a 12h43

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Le capitalisme Ponzi
article publié le 14/04/2008
auteur-e(s) : Thomas Coutrot
En janvier 1920, à Boston, un petit escroc imaginatif, Charles Ponzi,
trouva une manière astucieuse de gagner de l’argent sans se fatiguer. La
technique était simple : il achetait en Italie des « coupons-réponses
internationaux » (IRC en anglais) – des timbres émis par la poste
italienne – que les familles envoyaient dans leurs courriers à leurs
membres émigrés aux USA pour qu’ils puissent affranchir leur réponse.
Puis il revendait à l’US Postal Service ces coupons au prix en dollar du
timbre américain – bien plus élevé que le prix en lires qu’il avait
payé. Il prétendait profiter ainsi tout à fait légalement d’une faille
dans le dispositif des postes internationales. (Aujourd’hui, dans les
salles de marché des grandes banques, exactement la même technique est
largement utilisée sous le nom d’« arbitrage », bien sûr pas pour des
timbres mais pour des titres ou des devises).
Ponzi créa une société, la Securities Exchange Company, et promit un
rendement de 50% en 45 jours. Les premiers investisseurs reçurent en
effet la rémunération promise, et la nouvelle se répandit rapidement. En
quelques mois, 17000 épargnants furent attirés par la perspective de
gains rapides, et confièrent à Ponzi plusieurs dizaines de millions de
dollars. En août, on s’aperçut enfin qu’il rémunérait les premiers
investisseurs avec les sommes confiés par les suivants, sans avoir
acheté pratiquement le moindre coupon-réponse en Italie. Il fut arrêté
et son système s’effondra brutalement. Les journaux blâmèrent la naïveté
et la cupidité des épargnants floués.
La « chaîne de Ponzi » est devenu un cas d’école d’escroquerie
financière, et a suscité depuis de nombreux imitateurs, comme les
fameuses pyramides albanaises de 1995-96, qui avaient attiré plus de la
moitié de la population du pays en promettant des rendements de 40% par
mois. Après l’effondrement, la presse occidentale s’est bien sûr gaussée
de la naïveté de ces Albanais qui confondaient capitalisme et casino.
Le parallèle est pourtant évident entre la chaîne Ponzi et le système
financier actuel. Certes, la finance internationale ne promet pas 40%
par mois, mais seulement 15% par an. Le jeu est donc moins explosif, et
peut durer plus longtemps. Mais au fond les mécanismes se ressemblent
étrangement.
Comment les Bourses ont-elles pu depuis 20 ans garantir aux
investisseurs des rendements moyens aussi élevés ? Bien sûr, d’abord en
mettant en coupe réglée les entreprises et les salariés, par le chantage
permanent à la fuite des capitaux que permet un système financier
totalement libéralisé. Mais un effet de type Ponzi joue aussi un rôle
majeur, par l’afflux permanent de nouveaux investisseurs qui permet de
faire grimper les cours et de servir les rendements promis. Fonds de
pension de salariés, émirs du pétrole, fonds d’investissements et hedge
funds, milliardaires d’Amérique Latine, de Russie et maintenant d’Inde
et de Chine, fonds souverains des pays émergents..., tous ont afflué sur
les marchés pour profiter de la fête, gonflant la bulle financière et
immobilière. Avec, pour couronner le tout, l’endettement des chômeurs et
salariés pauvres états-uniens, enrôlés dans la danse par un système
financier avide de nouvelles recrues. D’où le développement démentiel
des « subprimes », ces prêts immobiliers dont la charge de
remboursement, presque nulle les premières années, devient ensuite
écrasante pour des débiteurs pauvres et précaires. Mais très rentables
pour les banques qui se sont empressées de refiler sur les marchés
financiers ces créances douteuses empaquetées dans de jolis titres – les
ABS, SIP et autres SIV...
Curieusement, aucun produit de cette « finance créative » n’a repris de
Ponzi le sigle IRC. Regrettable ingratitude envers un précurseur qui
avait si bien compris l’essence du capitalisme financier. Le jeu est-il
fini ? Certainement pas. Le krach financier aura des conséquences
lourdes pour les populations. Mais si ses règles ne sont pas
radicalement modifiées, le jeu reprendra ensuite son cours dément. Ainsi
la réforme des retraites annoncée par le gouvernement Fillon vise
d’abord à faire baisser les pensions de la sécurité sociale par
répartition pour favoriser l’« épargne retraite » par capitalisation. Et
donc à réinjecter à terme quelques dizaines de milliards d’euros
supplémentaires dans la chaîne du capitalisme Ponzi. Il faut vraiment
être (au choix) aveugle, cupide ou irresponsable pour vouloir détourner
l’argent des retraites dans ce maelstrom financier.
"Spéculation et crises : ça suffit !" Déjà plus de 30 000 signatures.
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